Le 15 octobre 2021, plusieurs arrêtés ministériels ré-autorisant certaines pratiques de piégeage traditionnel d’oiseaux sauvages avaient été publiés au Journal Officiel sur ordre d'Emmanuel Macron, soucieux de ménager les fédérations de chasseurs à la veille des élections.

Le Conseil d'État a tranché. Saisi par plusieurs associations de protection animale, le Conseil d'État a suspendu le lundi 25 octobre 2021 les derniers arrêtés gouvernementaux autorisant les chasses traditionnelles de plusieurs espèces d’oiseaux.

Grive musicienne

Lors de l’audience du 21 octobre, toutes les parties semblaient s’accorder sur l’irrégularité du piégeage non sélectif des oiseaux sauvages suite aux arrêts de la Cour de Justice de l’Union Européenne le 17 mars 2021 puis du Conseil d’Etat le 28 juin 2021, confirmant l'illégalité de la chasse à la glu. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les arrêtés ayant autorisé le piégeage des alouettes dans le Sud-Ouest, et celui des vanneaux huppés, pluviers dorés, grives et merles dans les Ardennes pour la saison 2019-2020 avaient à leur tour été annulés par le Conseil d’Etat le 6 août 2021.

Le prétexte de tradition ne saurait justifier le manquement aux exigences de la Directive Oiseaux. Cette directive européenne "oiseaux" de 2009 interdit les techniques de capture massive d'oiseaux sans distinction d'espèces. Une dérogation est possible "à condition d'être dûment motivée et dès lors +qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante+ pour capturer certains oiseaux".

Vanneau huppé

Les gouvernements français prenaient donc chaque année des arrêtés autorisant ces chasses traditionnelles dans certaines régions déterminées, avec des quotas d'individus chassables. La Cour de Justice de l'Union Européenne, saisie sur des arrêtés similaires concernant la très controversée et emblématique chasse à la glu, avait jugé cette dernière non conforme au droit européen en mars 2021, suivie en juin par le Conseil d'Etat qui avait confirmé son illégalité. Lorsqu'il avait repris ses arrêtés pour d'autres chasses, le ministère de la Transition écologique (MTE) avait fait valoir que les textes apportent "les motivations nécessaires sur l'absence de solution alternative, la sélectivité, l'usage judicieux et les faibles quantités" d'oiseaux tués.

Sans aucune honte, les représentants du Ministère en charge de la transition écologique ont prétendu lors de l’audience que les piégeages étaient moins violents que le fusil, et que les oiseaux ainsi capturés ne souffraient pas puisqu’on leur tordait le cou !

La fédération nationale des chasseurs avaient quant à elle osé menacer de « troubles à l’ordre public » si les arrêtés se voyaient suspendus !!

Bien sûr il faudra désormais attendre le jugement sur le fond qui prendra plusieurs mois. Mais cette décision permet de stopper immédiatement le massacre des oiseaux sauvages, dont de nombreux migrateurs.

La stratégie cynique du gouvernement qui consistait, comme trop souvent, à reprendre des arrêtés pourtant cassés les années précédentes sous de faux prétextes, la veille de leur application et de préférence un week-end afin de laisser quand même braconner le temps que justice soit rendue, a pris du plomb dans l’aile. Elle aura néanmoins sans doute permis de tuer en toute impunité des milliers d’oiseaux entre le samedi 16 octobre et le lundi 25 octobre.

Alouette des champs


Fin 2020, une adhérente de l'ARPN habitant St-Hilaire nous alertait sur un problème de salamandres écrasées.

En effet, chaque hiver, de nombreuses salamandres quittent le bois juste en face de son habitation et traversent la petite route pour venir hiverner chez elle, en particulier dans le regard du compteur d'eau (jusqu'à 8 individus ensemble). Malheureusement, et malgré la faible circulation, plusieurs d'entre-elles se font écraser chaque fin d'automne pendant leur périple.

Les salamandres, dès les premières nuits froides, recherchent des gites à l'abri du gel : souches d'arbres, troncs creux, pierriers, galeries ou terriers, etc.

Comme il n'est pas question d'entraver la circulation de ces urodèles ( = amphibiens qui gardent leur queue à l'état adulte), nous avons imaginé de les inciter à hiverner directement dans le bois, en leur procurant des abris adaptés. Quatre caches ont ainsi été fabriquées avec des matériaux de récupération et enterrées en contrebas de la route fatale.

Espérons que ces abris leur conviendront et contribueront à limiter la casse. Notre adhérente surveillera l'évolution de la situation.



Les abris en place, remplis de feuilles mortes humides.






BILAN DE DE LA NIDIFICATION DE LA CIGOGNE BLANCHE Ciconia ciconia DANS LE DEPARTEMENT DE LA LOIRE EN 2021

1) BREF HISTORIQUE


La première nidification connue dans le département de la Loire date de 1999 à Ste-Agathe-la-Boutheresse et a durée 5 ans. En 2006, un couple s'installe à St Nizier-sous-Charlieu dans le nord du département, imité en 2009 par un deuxième couple. A partir de 2010, leur nombre va lentement augmenter jusqu'à atteindre 9 couples en 2020, puis 13 installés en 2021, toujours à la pointe nord du département.

Cette population du Roannais est contigüe à celle florissante de Saône-et-Loire qui est également en forte expansion numérique.


2) LES RETOURS DE MIGRATION


Depuis plusieurs années, on ne constate plus d'hivernage de cigognes en Roannais, la fermeture de la décharge de Mably en 2016 - source de nourriture importante - en étant probablement la cause.

A noter néanmoins le stationnement prolongé d'une cigogne équipée d'une bague de type ELSA (A???) à Pouilly-les-Nonains de mi-janvier à fin février 2020.

Grâce à la création en 2020 d'un groupe Cigognes au sein de la LPO Loire permettant de centraliser les observations, les dates de retour des oiseaux sont désormais plutôt bien connues, de même que les dates d'installation des nouvelles venues.

En 2021, les premiers individus sont repérés dès le 31 janvier, et le 20 février, la quasi-totalité des nicheurs 2020 sont présents, avec une concentration des arrivées sur les 5 premiers jours de ce mois.

A la mi-mars arriveront ensemble 2 nouveaux couples qui semblent inséparables et qui nicheront côte-à-côte, suivis par un troisième début avril. Enfin, le 21 avril, 2 cigognes visiblement inexpérimentées entreprendront la construction tardive et laborieuse d'un nid, mais malgré de nombreux accouplements, il n'y aura aucune ponte. A Vougy, un nid est construit par un couple non connu fin juin (!) Ces deux derniers couples ne peuvent donc être considérés comme nicheurs.

En 2020, l'écart moyen entre l'arrivée du ♂ et celle de la ♀ était de 7 jours (extrêmes : 18 jours et 0 jour). En 2021, l'écart sur ces mêmes couples s'est réduit à 5,3 jours (extrêmes : 15 jours et 0 jour).

Pour chaque couple, en moyenne, le 1er individu est arrivé en 2021 avec 5,6 jours d'avance sur les dates 2020 (extrêmes : 16 jours d'avance, 1 jour de retard). Le 2ème individu quant à lui est arrivé en 2021 avec 8,5 jours d'avance par rapports aux dates 2020 (extrêmes : 18 jours d'avance, 0 jour de retard).

On constate donc une arrivée plus précoce et plus groupée des cigognes ligériennes sur leur lieu de nidification. Malheureusement, les observations parcellaires d'avant 2020 ne permettent pas de conclure s'il s'agit d'une tendance confirmée ou d'un comportement circonstanciel.

Localisation des nids reproducteurs en 2021 3) REPRODUCTION


Les premières pontes ont eu lieu début mars (nid sur plateforme à St-Nizier, couple toujours pressé d'arriver et de nicher), les dernières début avril (couple des Chenillas à Briennon, qui à l'inverse prend toujours son temps pour la réfection du nid et la ponte).

Les cigognes ligériennes ont subi un début de saison froid, suivi d'une longue période pluvieuse, ce qui n'a pas été sans conséquence sur la réussite des nichées. Contrairement à 2020 où tous les couples avaient amené la quasi-totalité des poussins à l'envol (33 sur 34), 2 couples ont échoué dans leur nidification. Chez le premier (nid sud de la Noaille/Briennon), malgré une longue couvaison de plus de 5 semaines, il n'y a pas eu d'éclosion, et le nid a été abandonné rapidement. Chez le second (pylône de Parigny), seule une petite tête a été aperçue une fois (mais nid situé très en hauteur), puis le nid a également été abandonné. Dans les autres nids, seuls 2 poussins sont morts prématurément. Quelques orages violents à la mi-juillet ne semblent pas avoir eu d'impact, tous les nids ont résisté au vent (contrairement à 2020) et la plupart des jeunes étaient volants ou presque. Au final, ce sont quand même 30 jeunes qui se sont envolés malgré des conditions météorologiques très souvent défavorables.

Pour autant, la productivité et le succès reproducteur (voir graphiques) ont nettement diminué par rapport à 2020, mais restent quand même supérieurs à la moyenne nationale.

4) PERSPECTIVES


Au vu de sa dynamique récente, la population ligérienne de Ciconia ciconia devrait encore augmenter dans les années à venir. Observerons-nous une concentration locale des nids (phénomène d'agrégation) comme cela est le cas en Saône-et-Loire proche (près de 50 nids sur la seule commune de St- Martin- du- Lac) ? L'édification de 2 plateformes début 2020 sur d'anciennes gravières près de Roanne incitera peut-être les nouveaux couples à étendre la zone de nidification vers le sud.


Remerciements :

· Les membres du groupe Cigognes 42 de la DT LPO LOIRE

· Les contributeurs de Faune-Loire

· Les personnes qui m'ont contacté directement pour me transmettre des observations.


Texte et photos : F. Grunert



Association Roannaise de Protection de la Nature